Souhaiter joyeux Noël ou le Nouvel an ou pas ?

Arbre de Noël à Strasbourg en 2014 (Photo:Wikimedia commons)

Comme chaque année à la même époque les mêmes questions ressurgissent avec insistance. Doit-on, ou peut-on souhaiter une bonne fête de Noël où une bonne année à nos amis, nos proches, ou nos collègues non-musulmans. 

Cette question peut sembler bien anodine a beaucoup de gens et a raison.  Après tout, quelle importance peut bien avoir le fait de souhaiter une joyeuse fête à quelqu’un qui ne partage pas la même foi que nous ? En réalité si la question se pose, c’est parce que l’aspect normatif de la religion islamique est présenté comme très important, il a été identifié comme la personnification même de l’appartenance à la religion musulmane. 

Entre identité et religion

En effet, se penser soi-même c’est penser aussi son rapport aux autres. Or, se penser soi-même, c’est être capable de mettre en place des éléments référents de sa propre identité. Pour la question qui nous occupe, c’est la religion qui se trouve investie d’un tel rôle. Néanmoins, donner à la religion une telle place dans la structuration d’une identité présuppose une bonne connaissance des fondements théologiques spéculatifs et pratiques de ladite religion. Par conséquent, si ces bases viennent à manquer, alors ce sont les aspects connus et visibles qui se voient valorisés d’une manière souvent artificielle. Mais cela peut se faire d’autant plus qu’en France, nous vivons dans une société cosmopolite et d’une grande diversité culturelle et religieuse.  

En quête d’une place au sein de la société française, de nombreuses personnes musulmanes estiment qu’il n’est pas souhaitable de montrer quelque marque de solidarité ou de rapprochement de peur d’être confondu avec les autres. Elles estiment en effet qu’il vaut mieux marquer la différence que de montrer une forme de solidarité et de partage qui risquerait de dissoudre leurs propres spécificités culturelles. 

Évidemment, ce refus de partage n’est pas toujours présenté comme relevant d’un besoin d’affirmation identitaire et culturelle, mais plutôt comme relevant d’une certaine conformité religieuse. Pourtant, parmi les fondements de la théologie pratique (fiqh), il y a celui de la coutume (‘urf). Ce fondement permet aux musulmans où qu’ils vivent, d’adopter des pratiques qui n’étaient peut-être pas les leurs à l’origine, mais qui ne posent pas de problème à la pratique de la religion islamique. Une des règles les plus connues en théologie pratique consiste à affirmer que tout est permis, sauf ce qui est interdit. Et les interdits islamiques, qui proviennent du Coran, sont très limités, et aucun ne concerne l’interdit de montrer de la sympathie, de la solidarité, ou une volonté de partage. 

À titre d’exemple, nous pouvons évoquer la pratique des musulmans d’Espagne, et dont la théologie pratique se rattachait à l’école malikite, école majoritaire des musulmans français actuellement. Ainsi, en al Andalous, les gens fêtaient les aïd (du Fitr et du Adhha), mais ils fêtaient aussi la Saint-Jean (Mahrajen) ou encore le Nouvel An Perse (Nowrūz). La référence à l’ancienne Espagne musulmane n’a pas pour but d’évoquer une sorte d’Éden perdu ou de surfer sur une quelconque nostalgie. C’est simplement pour montrer ce que l’on peut faire en termes de traditions, avec une même base scripturaire d’autant plus que la Andalous de jadis et la plupart des Français musulmans d’aujourd’hui se réfèrent aux mêmes sources et à la même école d’interprétation (malikite). 

La sympathie, cette voie vers Lui

Mais cet exposé serait incomplet, s’il n’évoquait pas aussi le fait que pour un certain nombre de musulmans, souhaiter les fêtes non-musulmanes, reviendrait à reconnaître une forme de légitimité à ces fêtes. Peut-être même une part de vérité. Or pour eux, la vérité est une, elle est nécessairement et exclusivement islamique. Beaucoup de ces gens peuvent même aller jusqu’à dire que faire des vœux pour une fête non-islamique reviendrait pratiquement en encourager les « infidèles » dans leur égarement. 

Poser chaque année la même question sur la faisabilité ou non de présenter des vœux à des amis non-musulmans n’a pas de sens. Tout acte n’a de sens que selon l’objectif qui le motive. Nous vivons dans une société qui a ses faits, ses us et coutumes. Mais en y vivant à notre tour, nous intégrons, bon gré, mal gré, ces us et coutumes. Cela ne veut pas dire que nous devons les adopter tels quels, mais nous pouvons les adapter à nos besoins. Ou, à défaut, faire avec. Faire avec ne veut pas dire rejeter ces traditions, mais les intégrer dans son propre calendrier existentiel. Souhaiter à quelqu’un « joyeux Noël » ou « bonne année » voire même « Rosh Hashana » pour nos proches juifs, ou de bonnes célébrations de Vesak pour nos amis bouddhistes, ce n’est pas se nier soi-même mais c’est reconnaître et accepter l’autre dans sa différence. Acceptation que nous saluons avec plaisir quand des proches non-musulmans nous souhaitent un « joyeux Aïd » ou quand ils prennent en considération nos pratiques pendant le mois de ramadan. 

Débattre à coups d’arguments théologiques nous semble quelque peu ridicule. Une perte de temps et d’énergie. Rien n’empêche de montrer de la sympathie ou de l’empathie envers autrui quel qu’en soit la raison. Au contraire, tendre vers l’unité et le rapprochement avec autrui est fondamental dans l’enseignement de l’islam, toutes tendances confondues. C’est aussi une manière de comprendre l’Unicité divine.  

Wa Allahu a’lam/ Et Dieu sait le mieux    

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